Dixième jour de festival et pourtant il reste encore des films très attendus à découvrir. Aujourd'hui, ils ne sont pas moins de deux : Soudain le Vide de Gaspar Noé, qui fête son grand retour sur la croisette sept ans après son dernier film Irréversible, et L'Imaginarium du Docteur Parnassus, projet maudit (à nouveau) de Terry Gilliam dont le tournage fût marqué par le décès de Heath Ledger.

Egalement au programme La Carte des sons de Tokyo et L'Armée silencieuse, ainsi que le Short Film Corner de la Quinzaine des réalisateurs !

 

Retrouvez nos avis et les réactions des festivaliers à ces films, accompagnés des images de la montée des marches du film de Terry Gilliam, dans la vidéo ci-dessous, et nos chroniques écrites juste en dessous !

 

 

SOUDAIN LE VIDE

Soudain le choc ! On attendait impatiemment ce projet ambitieux de la part de Gaspar Noé, mais rien ne nous préparait au résultat final. Si Irréversible peut se targuer d'être un film d'une maturité incroyable, tout autant philosophique que cinématographique, Soudain le vide met la barre beaucoup plus haut et affirme Noé en tant que réalisateur incomparable.

« Soudain le vide, film parfait » serait-on très tentés de crier à l'issue de la projection. Mais définir la perfection est impossible. C'est de là que vient toute la problématique : il est impossible de relever exhaustivement la liste de tout ce qu'il y a à dire, de tout ce que l'on ressent à la vision du nouveau film de Gaspar Noé, de le définir exactement et donc de lui rendre justice. Sept ans après le pourtant déjà exceptionnel Irréversible, d'une virtuosité qui fait toujours référence aujourd'hui, Noé place la barre de sa maturité un cran plus haut, touché par une grâce rare, en proposant un mélange inédit (à ce niveau) entre trip hallucinatoire et limpidité d'une histoire, entre film expérimental et immense renfort de moyens techniques, entre force viscérale et sensibilité se dégageant de l'image. Soudain le vide donne tellement à son spectateur en 2h40 de déversement d'idées, de trouvailles, de violence, de sensualité, de maîtrise d'une caméra constamment en flottement et dont le moindre mouvement, même le plus extrême, est justifié. A l'issue, on s'en est pris tellement dans la gueule qu'on ne peux que rester sans voix. Soudain le Vide est destiné à hanter nos mémoires jusqu'à la fin de nos jours, à être rangé aux côtés des 2001, L'Odyssée de l'espace, L'Echelle de Jacob et autres chefs d'uvres métaphysiques cultes qui marquent le temps. Soudain le vide, film parfait donc.

 

 

L'IMAGINARIUM DU DOCTEUR PARNASSUS

On l'attendait, désespérément, en se demandant si le décès soudain de Heath Ledger alors que le film n'était pas terminé, ne rendrait pas ce film totalement batard. Finalement il n'en est rien : l'idée trouvée de faire interpréter le personnage de Heath Ledger par, successivement, Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell apporte énormément au film puisque ces scènes se déroulent dans un monde imaginaire. Ce principe est d'ailleurs expliqué dans une scène d'introduction (tournée donc après la mort de l'acteur) et renforce le côté "bizarre" à l'histoire de Terry Gilliam. Mais de quel Terry Gilliam s'agit-il ? Celui de Brazil et Bandits Bandits ou celui de Las Vegas Parano et des Frères Grimm ? Malheureusement il s'agit toujours bel et bien du second, à savoir un vieux briscard recyclant des artéfacts de son imagination devant sa caméra sans réelle inspiration derrière. Alors certes, si on lit entre les lignes L'Imaginarium du Docteur Parnassus parle de Terry Gilliam lui-même, le vieux docteur cherchant encore à catalyser l'imaginaire des populations plus préoccupées par leurs Iphone que les rêves. Mais la recette se retourne cette fois-ci contre lui. Dans sa peinture des personnages, Gilliam décrit les riches comme des méchants, les pauvres comme des gentils, l'imagination comme quelque chose de vraiment bien, le manque d'imagination comme quelque chose de mal, les boîtes de nuit et l'alcool comme quelque chose de mal, etc etc ! Bref, Gilliam brosse son spectateur dans le sens du poil comme il ne l'a jamais fait et il ne fallait pas s'étonner de trouver à la sortie de la salle des gens par centaines dire qu'ils avaient adorés sans avoir le moindre argument consistant.

L'Imaginarium du Docteur Parnassus se laisse regarder par son côté old school, ses décors un peu étranges (sauf ceux du monde imaginaire, horribles, dignes d'une version encore plus sucrée de Charlie et la Chocolaterie), et surtout pour Heath Ledger dont la disparition quelques jours après ses dernières scènes sur ce film laisse planer un parfum de tristesse. Et le reste s'oublie.

 

 

THE SHORT FILM CORNER

Aujourd'hui, nous nous sommes intéressés à la sélection de courts métrages de la Quinzaine des Réalisateurs. Nous avons assisté à la projection de la deuxième session qui comprenait huit films de qualité globalement recommandable. Trois d'entre eux se distinguaient cependant sensiblement du lot.

- Anna (Runar Runarsson, Danemark) : D'une durée de 35 minutes, Anna croque le portrait d'une adolescente qui supporte mal l'abandon du foyer par son père. Runar Runarsson sait prendre son temps tout en saisissant avec une étonnante richesse la palette d'émotions extrêmes qui traversent la jeune fille, prête à tout casser un jour et pleine d'espoir le lendemain. Un film touchant, fort bien réalisé et interprété.

- El ataque de los robots de Nebulosa-5 (Chema Garcia Ibarra, Espagne). Le film, dont le titre se traduit par L'Attaque des Robots de Nebulosa-5, adopte le point de vue d'un jeune homme simplet persuadé depuis l'enfance que des robots vont envahir la Terre. Sans succès, il tente de convaincre son entourage. S'appuyant sur le discours du garçon en voix-off, le film vaut pour son humour décalé, un humour qui passe par l'écriture mais aussi par des cadrages bien trouvés.

- Dust Kid (Jung Yumi, Corée du Sud) : Film d'animation en noir et blanc, Dusk Kid met en scène une jeune femme qui ne cesse d'être harcelée par une version d'elle-même de la taille d'une figurine. Un film original, drôle et artistiquement réussi.

Bien que beaucoup moins aboutis, d'autres films de la sélection valaient tout de même le coup d'il. C'est le cas de Thermidor (Virgil Vernier, France), qui s'illustre notamment par une scène dialoguée hilarante dans ses premières minutes, de Cicada (Amiel Courtin-Wilson, Australie) qui repose sur un seul acteur dont le récit face à la caméra suscite plein d'images dans la tête, et de Songe des Bois (Johannes Nyholm, Suède), film d'animation un peu creux sur le fond mais visuellement charmant et inventif.

 

Nous passerons en revanche vite sur le très pompeux American Minor (Charlie White, USA) qui nous a fait craindre le pire au début de la session, John Wayne Hated Horses (Andrew T. Betzer, USA) qui nous a laissés sur notre faim, et L'Histoire de l'Aviation (Bálint Kenyeres, Hongrie, France) qui ne parlait malheureusement pas d'aviation.

 

La Rédaction

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