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Deauville 2007 : Dans la vallée d'Elah.

Intrigue nouée, casting impeccable, discours ravageur. Avec Dans la vallée d'Elah, Paul Haggis fait mieux que Collision… A ne pas rater pour s’en convaincre...

Dans sa quête de vérité sur le meurtre de son fils Mike, Hank Deerfield, enquêteur de la police militaire à la retraite, incarné par Tommy Lee Jones, cherchera d’abord du soutien en réactivant son réseau de connaissances. C’est ainsi qu’il donne rendez-vous un matin à un ex-agent de ce qui était certainement son ancienne unité d’investigation. Durant cette rencontre, en arrière plan, la télévision du snack-bar diffuse un des sempiternels discours du Président Georges Walter Bush sur la validité de l’intervention de l’armée américaine en Irak. C’est un détail. Mais on le sait, Paul Haggis aime les détails. L’essence de son deuxième film, Dans la vallée d’Elah, se révèle ici. Non pas qu’il est fait un film sur Bush, père ou son crétin de fils. Mais sur le mensonge, le mensonge d’une toute puissance, celle de l’Armée soi-disant infaillible. Paul Haggis déboulonne une institution, pilier du pouvoir américain, socle de tout un peuple. A l’image de cette bannière étoilée hissée la tête en bas en toute fin de film, l’Amérique d’aujourd’hui se voudrait en alerte, appeler à l’aide pour résoudre l’incapacité qui l’assaille. Broken arrow car le navire semble en perdition. Paul Haggis lance le débat. Brian de Palma le poursuivra dans quelques temps avec Redacted. D’autres suivront…

Il ne faut pas être bien malin pour observer que la donne est en train de changer aux Etats-Unis. Après l’adhésion du peuple américain pour relancer la chasse à Saddam, au fil du décompte macabre des GI’s tués, les enthousiasmes d’hier font place à l’incertitude, au questionnement. La manipulation a été de mise, est encore de mise pour justifier tous les écarts. Hank, ayant lui-même baigné dans la culture de l’Armée, cirant chaque soir ses chaussures, pliant au carré chaque matin son lit, symbolisera ce désir de vérité. Si son benjamin était mort au combat, ou en mission comme son cadet, les choses auraient été lues autrement. Mais il est mort sur le sol américain, atrocement assassiné. L’ex-policier part ainsi à la recherche du pourquoi, résoudre l’homicide de sa progéniture loin de sa femme, jouée par Susan Sarandon – incarnation de la mère au foyer aux épaules trop lourdes. En chemin, il trouvera le soutien d’Emily Sanders : une flic du Nouveau-Mexique, juridiction où laquelle Mike a été aperçu la dernière fois. Emily est une femme fragile cantonnée dans des enquêtes bidons par les machos qui l’entourent, mère élevant seule un fils d’un père inconnu.

Alors pourquoi ce titre ? C’est dans la vallée d’Elah que David mit à terre Goliath, que le gamin, avec ses cinq pavasses, terrassa le colosse. C’est l’histoire du pot de fer contre le pot de terre. C’est l’histoire d’un dépassement pour connaître la vérité des faits, mais aussi, au final (et les fondements de Hank en feront les frais), sur son moi. Dans la vallée d’Elah ne respire pas la joie ; mais bien l’introspection sur la non fatalité des destins, comme l’évoquait Collision, pour peu qu’une lumière vous éclaire, même si le flash doit débaucher sur un grand vide, non vide de sens bien entendu. Rien n’arrive par hasard dicterait le cinéaste. Le poids de la vérité trouve sa représentation dans un film pesant par son intrigue. On connaît Paul Haggis joueur. Le scénariste est manipulateur. Il faut s’en méfier. Le pot de fer n’est pas celui qu’on croit. Souvenez-vous du développement de Million Dollar Baby. Une histoire forte avec des comédiens hors pair, comme Dans la Vallée d’Elah. Tommy Lee Jones n’est jamais aussi parfait que lorsqu’il joue les obscurs refermés. Charlize Theron trouve enfin un rôle qui la transcende. Quant à Susan Sarandon, interprétation et dramaturgie ne font ici qu’un (le cinéaste aurait réécrit de nombreuses scènes pour décider l’actrice à être de la partie). James Franco, égal à lui-même, trouble les pistes. Car ça ne sera pas facile pour l’ex-flic et Emily. Au fil de son enquête, plus rien n’étonnera Hank, même plus son Armée si chérie.

Une mère aura donc perdu deux fils à cause d’un père qui voulait en faire des hommes : deux fils pour une photo en forme de souvenir des théâtres d’opérations, prise loin là-bas, dans le désert. Pour le père, le dernier né ne sera pas tombé pour rien. Cette bannière étoilée de retour d’Irak veut réveiller les consciences : ouvrir les yeux sur l’horreur de gamins devenus des bouchers. Formés au combat ! Violemment désinhibés ! Emily, elle, apprendra, tardivement, que ce sont les détails qui tuent. Que plus d’attention permet de sauver, parfois, des vies (si Hank avait été plus attentif…). Son salut ? Résoudre l’affaire en aidant Hank... Pour nous, face à quelques répétitions, maigres coquilles d’un discours édifiant, on pardonnera tout, et soutiendrons Haggis pour de nouvelles aventures…


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