Ah, la vie, ses imprévus, ses injustices, la place laissée au destin Comment expliquer que, des deux héroïnes du magnétique Mulholland drive, lune ait poursuivi une carrière à base de direct to video pendant que lautre nen finissait plus dexploser ? Le mystère de la vie ? Le talent ? On ne sait pas vraiment, même si, nen déplaise à Laura Elena Harring, Naomi Watts était réellement la figure de proue du Lynch, celle des deux qui offrait au film ses moments les plus troubles, les plus moites. Les plus lynchiens, quoi. On retiendra à jamais la scène de masturbation féminine la plus dérangeante qui soit (ouais, même pour un mec lubrique), une façon dembrasser qui nappartient quà elle, la manière dont elle liquéfie un vieil acteur trop sûr de lui. Et un tas de trucs moins ouvertement sexuels, mais tout aussi bouleversants.
Avec Mulholland drive, Naomi Watts laissait derrière elle une quinzaine dannées à apprendre le métier et à enchaîner les rôles de troisième zone dans des productions plus ou moins respectables. Les curieux pourront la chercher dans Panic sur Florida Beach (1993) ou Tank girl (1995), ou encore tenter de reconnaître sa voix dans Babe, le cochon dans la ville. Et ses plus grands fans pourront creuser du côté de séries télé australiennes et de films de la même origine, puisque cest au pays des kangourous qua grandi miss Watts, née en 1968 en Angleterre.
Watts fait donc partie de ces actrices passées du néant au succès en lespace dun film. Curieusement, même après la baffe Mulholland (présenté à Cannes en 2001 et honteusement reparti bredouille), il a fallu un certain temps aux réalisateurs pour se rendre compte quelle nétait pas la femme dun seul rôle. Blonde, pâle, fragile en apparence, elle a tout dune héroïne hitchcockienne (pas étonnant que Martin Campbell lait engagée pour reprendre le rôle de Tippi Hedren dans Les oiseaux). Après Ned Kelly (sur le tournage duquel elle rencontre Heath Ledger, qui resta quelques temps son amoureux) et Lascenseur niveau 2 en 2002, cest finalement Gore Verbinski qui lui offre son premier rôle intéressant post-Lynch : dans Le cercle, remake de Ring, elle explose en reine de langoisse, ses grands yeux inquiets servant de refuge pour ceux du spectateur. Ce succès la fait entrer à Hollywood, doù elle nest apparemment pas près de ressortir.
La voilà devenue lactrice que tout le monde sarrache, celle qui fait rêver les cinéastes, elle dont la palette est bien plus large que ce que lon pouvait penser. Devant faire face à une montagne doffres, elle refuse beaucoup de propositions mais tourne tout de même beaucoup de films. Lair de rien, Lenquête est tout de même son 15ème rôle depuis 2003 Alors forcément, une telle boulimie filmique ne va pas sans quelques erreurs dappréciation. Mais celles-ci sont plutôt rares, et assez compréhensibles. Un rôle chez James Ivory ? Une aubaine ! Sauf que le cinéaste britannique est lune des victimes collatérales du bug de lan 2000, et a semble-t-il perdu tout son talent à cause dun virus. Ça donne Le divorce, film franglais au casting de rêve (Kate Hudson ! Thierry Lhermitte ! waouh !) mais dont la nullité est un peu trop réelle. Tout le monde peut se tromper.
Suit The assassination of Richard Nixon, film dont le titre, le sujet (un Taxi driver moderne, en quelque sorte) et lacteur principal (Sean Penn) ne pouvaient que faire très envie. Pour tout dire, avant que quiconque voie le film de Niels Mueller, on imaginait même que quelques Oscars allaient sabattre sur lui. Raté : The assassination est une déception, un pauvre petit film indépendant pas honteux mais sans aucun relief. Elle ny passe cependant pas inaperçue dans le rôle de lépouse du héros.
On a même envie de lui pardonner davoir accepté Le cercle 2, qui permet à Hideo Nakata de réaliser la suite du remake de son propre film (faut suivre). Pas de chance : une suite nulle, ni faite ni à faire, grillant le japonais à Hollywood et donnant envie dapplaudir le clairvoyant Noam Murro, qui lâcha le projet quelques semaines avant le tournage pour aller soccuper de sujets moins idiots (le sympathique Smart people).
Heureusement, avant cela, il y avait eu 21 grammes, qui permettait à Alejandro Gonzalez Inarritu denvahir les USA, et à Naomi de tourner une première fois avec Sean Penn. Quon aime ou pas lunivers du cinéaste mexicain (génie absolu ou Lelouch en sombrero ?), on ne peut que saluer la classe dune distribution incluant également Benicio del Toro et Charlotte Gainsbourg. Un très beau rôle dramatique pour Watts pour un film triste et malheureux comme la pierre. Ce qui nest pas le cas de J Huckabees, OVNI absolu de lénergumène David O. Russell, plus connu pour lengueulade magistrale entre Lily Tomlin et le réalisateur sur le plateau que pour sa qualité intrinsèque. Cest pourtant un monument de non-sens, de dérision, de burlesque jusquau-boutiste.
Entre deux films avec John Curran (les louables We dont live here anymore et Le voile des illusions), elle est ensuite choisie par Peter Jackson pour être lhéroïne humaine de son King Kong. Si le film ne fait pas tout à fait lunanimité, sa prestation de néo-starlette sattirant les faveurs du gros singe ne laisse guère de doute : bien quétant une actrice résolument moderne, Naomi Watts aurait parfaitement trouvé sa place dans le film de 1933.
Après Stay, film fantastique raté de Marc Forster, la voici aux mains de David Cronenberg, qui la fait entrer dans son petit monde : dans Les promesses de laube, elle est la petite part dhumanité et dinnocence dans une galerie de personnages pourris jusquà los. Et, bien quun peu en retrait, trouve idéalement sa place entre Viggo Mortensen et Armin Mueller-Stahl. Tout comme elle semble à laise pour remplacer Susanne Lothar dans Funny games U.S., film Rank Xerox de Michael Haneke. Celui-ci avait dailleurs posé ses conditions pour quun remake de Funny games voie le jour : quil puisse le refaire à lidentique plan par plan, et que Naomi en soit lactrice principale. Ça en impose. Cette semaine dans Lenquête the international, son faible temps dapparition à lécran (comparé à celui de Clive Owen) risque de décevoir un peu ses admirateurs ; il nempêche quelle est lun des piliers du film et quelle est une fois encore très crédible en investigatrice. Elle est loin, limage de blonde fadasse quelle promenait dans les années 90. À présent, les réalisateurs sarrachent lactrice de demain : outre Martin Campbell, elle tournera prochainement avec Woody Allen, Ryan Murphy, Doug Liman Plus que jamais, les années à venir montreront que la puissance sexprime en Watts.
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