La 61e édition du festival de Cannes a été déclarée ouverte mercredi soir au cours d'une cérémonie en présence notamment de l'équipe du film du Brésilien Fernando Meirelles, "Blindness", premier long métrage présenté en compétition officielle. Evènement
La 61e édition a été déclarée ouverte par Claude Lanzmann, réalisateur de la "Shoah" qui retrace le voyage des Juifs d'Europe vers la mort.
La cérémonie a été marquée par un autre moment d'émotion avec la prestation du chanteur et guitariste américain Richie Havens, qui a rechanté "Freedom", comme il l'avait fait au festival hippie de Woodstock en 1969.
Auparavant, le président du jury, l'acteur et réalisateur Sean Penn, ému, a déclaré que "Cannes a toujours sélectionné de grands films et de grands acteurs" et lancé un "appel aux distributeurs pour soutenir les films qui ne recevront pas de prix".
La cérémonie d'ouverture avait été précédée par la traditionnelle montée des 26 marches menant au Palais des Festivals, moment très attendu par le public et la nuée de photographes présents qui guettaient les stars comme les Américains Faye Dunaway, Eva Longoria, Dennis Hopper ou l'Australienne Cate Blanchett.
Le jury au grand complet, de l'actrice Natalie Portman au cinéaste Rachid Bouchareb, et à Sean Penn, a ensuite pris place sur le tapis rouge.
Le jury a été suivi par l'équipe du premier film présenté en compétition, "Blindness", dont les Américains Julianne Moore, Danny Glover ou le Mexicain Gael Garcia Bernal, très applaudis à leur arrivée dans la salle de projection.
Six ans après avoir dévoilé hors compétition "La cité de Dieu", brillante fiction survoltée sur la guerre des gangs à Rio, Meirelles revient avec "Blindness", tiré du livre "L'Aveuglement" du Portugais José Saramago, Prix Nobel de littérature 1998. Comme l'acteur Mark Ruffalo, retenu par un tournage, l'écrivain âgé de 86 ans qui était attendu sur la Croisette, s'est excusé pour raisons de santé.
En revanche Bollywood ne passera pas inaperçu : sa grande star Amitabh Bachchan, alias "Big B" ou l'homme aux cent films devait fouler le tapis rouge, entouré de sa belle-fille Aishwarya Rai l'égérie de L'Oréal, l'un des sponsors du festival, au bras de son mari, le comédien Abhishek Bachchan.
Premier des vingt-deux films en lice pour la Palme d'or à être dévoilé, "Blindness" relate une mystérieuse épidémie de cécité, surnommée le "mal blanc" qui se répand à une vitesse foudroyante dans une mégalopole non identifiée.
Incarcérés par des autorités rapidement débordées par une crise sanitaire hors norme, ces aveugles sont bientôt régis par la loi du plus fort.
Seule une femme (Julianne Moore) épargnée par l'épidémie, conserve son sens moral dans un univers qui s'effondre: les liens sociaux se défont, la lutte pour la nourriture se généralise, les femmes deviennent une marchandise.
Pour Fernando Meirelles, la force de l'histoire vient des différentes lectures, philosophique, politique, morale, que le spectateur aura de cette parabole sur la "fragilité de la civilisation".
"Dans ce monde, on ne voit pas les autres" a déploré de son côté l'acteur engagé américain Danny Glover, faisant référence aux "émeutes de la faim" survenues dans de nombreux pays ces derniers mois. "Le film traite de notre capacité à voir les autres et ce qui se passe autour de nous".
Un sentiment partagé par le président du jury du festival. L'acteur réalisateur Sean Penn a déclaré que le "tremblement de terre (en Chine) allait influencer (son) jugement sur presque tous les films", en réponse à une journaliste chinoise qui lui demandait si le séisme qui a fait des milliers de morts en Chine modifierait son regard.
"De même pour ce qui se passe en Birmanie. Ces choses qui arrivent sont une partie des émotions et de la vie que nous partageons tous, cela nous rend plus âpres", a-t-il poursuivi lors d'une conférence de presse.
Mercredi soir, les flashes crépiteront aussi pour les membres du jury de cette 61e édition, les acteurs Natalie Portman, Sergio Castellitto, Alexandra Maria Lara, Jeanne Balibar et les cinéastes Alfonso Cuaron, Apichatpong Weerasethakul, Rachid Bouchareb, Marjane Satrapi.
Dès jeudi, le festival prendra son rythme de croisière en dévoilant deux autres films de la compétition, "Waltz with Bashir" de l'Israélien Ari Folman et "Leonera" de l'Argentin Pablo Trapero, avant la projection le lendemain du premier des trois films français en lice pour la Palme, "Un conte de Noël" d'Arnaud Desplechin avec Mathieu Amalric et Catherine Deneuve.