L'entrée en matière du 61e édition du Festival de Cannes, n'aura pas été que glamour et paillettes puisque la journée aura été marquée, à la fois, par la noirceur du film d'ouverture et par l'engagement politique de son président, Sean Penn, égal à lui-même.

La cérémonie d'ouverture a été marquée par la présentation d'Edouard Baer, maître de cérémonie, très en forme, qui lui a donné un on poétique.

C'est plus tôt dans la journée, lors de la conférence de presse du jury que son président, l'acteur-réalisateur américain Sean Penn, à prouver qu'il serait égal à lui même, c'est à dire politiquement engagé. Il a d'entrée de jeu mis à mal le président George W. Bush, dont il a qualifié la politique de stupide.

Evoquant son rôle de président du jury, il a souligné que les films seraient, comme toujours, jugés sur leur qualité artistique, mais pas seulement...

En effet Sean Penn a d'entrée de jeu posé sa patte sur ce festival en déclarant que la Palme d'or devra revenir à un réalisateur conscient du monde dans lequel il vit.

Sean Penn, réalisateur de The Indian Runner, The Crossing Guard, The Pledge et Into the Wild, a reçu l'Oscar de meilleur acteur en 2004 pour le film Mystic River, un film dirigé par Clint Eastwood qui présentera un film en compétition, The Changeling (L'Echange). Sean Penn a assuré qu'il n'y aurait aucun favoritisme cependant.

Il avait en revanche fait pression sur la direction du festival pour que le film documentaire The Third Wave soit présenté dans le cadre de la Séance du président du jury. Dirigé par l'australienne Alison Thompson, The Third Wave relate le voyage de volontaires partis donné main forte au lors du tsunami de 2004.

Par la suite, l'équipe de Blindness, a monté les marches. Avec un casting composé de Julianne Moore, Danny Glover, Gael Garcia Bernal et Mark Ruffalo, le glamour était bel et bien au rendez vous mais ce fut de courte durée puisque la projection du film a calmé toutes les ardeurs.

Dirigé par le brésilien Fernando Meirelles (The Constant Gardener, La Cité de Dieu) et adapté du livre L'Aveuglement du Prix Nobel portugais José Saramago, Blindness un thriller sur une humanité livrée à ses plus bas instincts, relate une mystérieuse épidémie de cécité qui se répand à une vitesse foudroyante dans une mégalopole non identifiée.

Seule une femme (Julianne Moore), épargnée par la maladie, conserve son sens moral dans un monde d'écorchés où les liens sociaux n'existent plus, où l'on se bat pour manger et où les femmes sont devenues des marchandises.

Fernando Meirelles a présenté son film déclarant que le spectateur pourra lire à sa manière cette parabole sur la fragilité de la civilisation.

Danny Glover, de son côté, a fait un parallèle entre la cécité du film et l'indifférence du monde aux tragédies qui le touchent.

Si le film n'a pas su casser la malédiction des films d'ouverture systématiquement mal reçus pas les festivaliers et les journalistes (Blindness n'a pas séduit) Sean penn, en revanche, pourrait avoir été touché par ce film puisque, dans la lignée du propos de Danny Glover, il pourrait correspondre aux critères du président du Jury qui a déclaré que les catastrophes récentes (cyclone en Birmanie et tremblement de terre de Chine) influenceraient forcément son jugement sur presque tous les films.

On sent d'ores et déjà la force de la présence de Sean Penn sur ce festival. Il semble vouloir calmer les ardeurs des fondus de star système et les habituels débordements glamour sur tapis rouge en rappelant la réalité du monde tel qu'il est aujourd'hui. Il ne semble pas enclin à faire vivre le rêve cannois à tout prix et franchement, ce n'est pas pour nous déplaire!

Aujourd'hui les films présentés en compétition seront Waltz with Bashir, de l'Israélien Ari Folman et Leonera, de l'Argentin Pablo Trapero.