mercredi 17 mai 2006 13h49
Cannes déroule mercredi le tapis rouge devant le "Da Vinci Code", mais la superproduction américaine qui ouvre le 59e Festival a dû essuyer une volée de bois vert de la part de la presse avant même de partir à l'assaut des salles du monde entier.
Ce polar ésotérique signé Ron Howard et inspiré du succès planétaire du romancier américain Dan Brown, a été accueilli par un silence glacial, des sifflets et des rires lors de sa première projection de presse mardi soir.
L'association des professionnels catholiques du cinéma, Signis, était même franchement goguenarde mercredi matin.
"Il n'y a pas de quoi fouetter un chat, ni flageller un membre de l'Opus Dei", a déclaré à l'AFP Marc Aellen, secrétaire général de l'association, en référence aux nombreuses séances d'autoflagellation que s'inflige dans le film un moine albinos membre de l'organisation catholique conservatrice.
"On ne croit pas une seconde aux thèses du livre, le film les décrédibilise" à force de "pathos grandiloquent", et "les Eglises n'ont pas à craindre ce film décevant", a estimé M. Aellen.
Ce film d'aventures - dans les salles ce mercredi en France, puis dans le reste du monde à partir de jeudi - s'appuie, comme le roman, sur la thèse selon laquelle Jésus et Marie-Madeleine auraient conçu une descendance, perpétuée jusqu'à ce jour, une vérité que l'Eglise aurait tenté d'étouffer depuis deux millénaires, recourant aujourd'hui pour cela à l'Opus Dei.
Des Philippines au Pérou, de nombreux dignitaires religieux ont vivement condamné ce roman. Cette polémique, ajoutée à une campagne de promotion sans guère de précédent, ont fait du "Da Vinci Code" un des films les plus attendus de l'année.
Ron Howard et sa pléiade d'acteurs vedettes (Tom Hanks, Audrey Tautou, Ian McKellen, Jean Reno) devaient défendre leur film lors d'une conférence de presse mercredi, avant une projection en soirée de gala.
Mais les critiques étaient cinglantes à l'issue d'une première projection de presse, à laquelle avaient accouru mardi soir près de 2.000 journalistes.
"C'était presque aussi mauvais que le livre", selon Peter Brunette du quotidien américain Boston Globe. "Tom Hanks était un zombie, heureusement qu'il y avait Ian Mc Kellen. L'interprétation est outrée, il y a trop de musique et c'est trop grandiloquent", selon M. Brunette.
Pour le quotidien Variety, institution d'Hollywood, "le metteur en scène Ron Howard et le scénariste Akiva Goldsman ont comploté pour retirer tout plaisir du mélodrame, donnant au public un film bavard".
"Le résultat est peut-être la meilleure chose que pouvaient espérer les critiques du projet", poursuit la "bible" de la capitale américaine du cinéma.
Le journal prédit néanmoins que "l'énorme attente du public dans le monde entier va provoquer des résultats explosifs au box-office".
La superproduction, d'un coût de 125 millions d'euros, vise à devenir une des toutes meilleures recettes du cinéma cette année, prenant la succession de "Star Wars, Episode 3" et de "Harry Potter et la coupe de feu" (respectivement 849 et 812 millions de dollars en 2005).
Selon M. Aellen, le responsable catholique, c'est d'ailleurs "pour des raisons économiques que le film a complètement édulcoré le livre", mettant dans la bouche de Tom Hanks de nombreuses répliques qui lavent le Vatican de tout dessein conspirateur pour en accuser seulement certains membres dissidents.
"On n'a pas envie de s'aliéner un public potentiel et le public catholique est un public important aux Etats-Unis", a estimé M. Aellen.
La tornade DaVinci passée, la compétition officielle - à laquelle la superproduction ne participe pas - commencera jeudi, avec en lice "Le vent se lève" du Britannique Ken Loach et "Palais d'été" du Chinois Lou Ye.
Le festival de CannesCopyright © AFP 2006. Tous droits réservés.