Héros de la démocratie ? Ou blasphémateurs racistes ? Avec C'est dur d'être aimé par des cons (référence à la Une choc de Charlie Hebdo), le réalisateur-producteur-écrivain Daniel Leconte (auteur de plusieurs documentaires remarqués et lauréat des Prix Albert Londres et des Droits de l'Homme) résume tout l'enjeu du "procès des caricatures" autour de l'hebdo satirique en février 2007. La caricature et la satire vont-elles parfois trop loin ? La liberté d'expression existe t-elle encore en France, pays des Droits de l'Homme ? L'auto-censure au nom du politiquement correct musèle t-elle les grands médias ? Peut-on rire de tout ? Peut-on encore rire tout court ? Vastes questions...

Le revers de la médaille

En mêlant séquences autour du procès (on voit la préparation et l'évolution de l'affaire avec Philippe Val & Cie), l'ambiance dans la salle des pas perdus du Palais de Justice de Paris et les témoignages a posteriori des principaux protagonistes, Daniel Leconte confronte les points de vue. Plaignants, accusés, avocats, politiques, philosophes, journalistes, représentants du culte musulman, écclésiastiques, badauds : chacun défend sa vision des choses. Les caricatures ont pu choquer la communauté musulmane ? Oui, évidemment. Faut-il pour autant s'interdire de les publier pour ne pas "souffler sur les braises", comme on a pu le reprocher à Charlie Hebdo ? Non, répondent Philippe Val, son équipe, ses confrères, Elisabeth Badinter, Cabu, Denis Jeambar (ancien rédacteur en chef de L'Express), Claude Lanzmann, Mohamed Sifaoui, François Hollande, François Bayrou et... Nicolas Sarkozy, dans une lettre de soutien inattendue.

La démocratie se porte bien

A l'instar du procès intenté par la Mosquée de Paris, l'Union des Organisations Islamiques de France et la Ligue Islamique Mondiale contre Charlie Hebdo pour avoir reproduit les (tristement) célèbres caricatures, C'est dur d'être aimé par des cons pose au fond une vraie question de société, une question fondamentale à l'heure où, comme le regrette Philippe Val, le rire et la satire s'imposent comme les ultimes remparts face à la peur. Quitte, sans doute, à relancer la polémique (quelques séquence de conférence de rédaction dévoilent des caricatures rejetées made in Charlie Hebdo). Mais, à l'image de la salle des pas perdus du tribunal, gigantesque forum où s'expriment toutes les sensibilités, pro ou anti Charlie, n'est-ce pas là un signe de bonne santé pour la démocratie ?

"Toi si tu parles, tu meurs. Et si tu te tais, tu meurs. Alors parle et meurs". Tahar Djaout, journaliste algérien assassiné en 1993.*

Yo

* Citation qui conclut le long métrage de Daniel Leconte