Alors que Public Enemies sort au cinéma, Universal nous propose un inédit en DVD en France (le DVD import américain date de 2000....), Dillinger (1973), basé sur la même histoire, mais écrit et réalisé par John Milius. La personnalité de John Milius le situe à l'extrême opposé de celle de Michael Mann : si le réalisateur de Heat est un romantique dans l'âme, Milius aime entre autres les armes (il les collectionne), voir le sang couler et entendre les filles crier quand un homme les frappent. Chez Michael Mann, le thème de l'humanité est mis en avant. Chez John Milius, quand un noir veut intervenir dans un combat entre Dillinger et Baby Face Nelson, un de ses acolytes le détourne de son chemin en lui proposant une cuisse de poulet qu'il agrippe immédiatement. Milius a réalisé Conan Le Barbare ; Michael Mann a réalisé Le Dernier des Mohicans. D'un côté un réalisateur qui aime faire tourner Schwarzeneggeer, de l'autre un réalisateur qui aime faire tourner Daniel Day Lewis.

 

 

Si Public Enemies est ouvertement inspiré de Dillinger (même histoire certes mais même scènes et structures souvent identiques), les différences intrinsèques sont du même ordre : sous des apparences très classiques, Milius nous propose une vision fascinée de cette époque des années 30 où les gangsters mettaient les rues à feu et à sang. Malgré son budget assez limité, il garde toute l'esthétique cinématographique propre à cette époque, la contrastant avec des flambées de violence inouïes et rendant l'histoire de John Dillinger aussi rocambolesque que crédible. Car c'est là que Milius apporte sans conteste son grain de sel : dans sa vision sans compromis de la crasse morale humaine, bien plus impitoyable à cette époque que les figures romantiques interprétées par Kevin Costner ou Johnny Depp ne veulent le faire croire, il arrive néanmoins à faire surgir de vrais moments intimes, révélant une profondeur à ses héros dignes des westerns.

 

 

On retrouve dans Dillinger toutes les bases des thèmes chers à Michael Mann : un héros blessé, voué à la seule chose qu'il sait faire, poursuivi par un ennemi mortel dont il est plus proche qu'il ne le pense, dont les rares moments de vrai bonheur seront brisés, le ramenant brutalement à la dure réalité, et qui fuit inexorablement vers son inexorable destin tragique. En cela le parallèle entre Dillinger de John Millius, Manhunter, Heat, Collateral et Public Enemies de Michael Mann, est d'une évidence limpide. Cependant Michael Mann échoue pour une fois sur l'un des domaines où il est normalement le plus fort : faire exister ses personnages. En cela la version de John Milius se montre mémorable, étoffant chacun d'entre eux et leur offrant surtout une fin personnalisée inoubliable, une mention spéciale à donner à celle du personnage d'Harry Dean Stanton.

 

 

Rajoutons à cela que Dillinger a tout du western déguisé, racontant l'apogée et fin tragique d'un groupe de bandits et se plaçant directement comme un remake à peine caché de La Horde sauvage, et l'urgence de sa (re)découverte coule de source !

Kevin Prin

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