Très bien. Rien qui ne fasse tendre l'oreille plus que cela, nous direz-vous ? Erreur, car ladite Jennifer Chambers Lynch est la fille d'un certain...David Lynch, cinéaste culte s'il en est et chouchou du festival (Palme d'Or pour Sailor et Lula, Prix de la mise en scène pour Mulholland Drive, présidence du jury en en 2002). La venue de sa progéniture sur la Croisette est donc de facto un petit événement, surtout quand papa officie en tant que producteur du projet. S'est-elle affranchie de l'ombre du maître ? Surveillance est-il "lynchien" ou n'est-il pas ?

Une oeuvre personnelle

Thriller classique sur la forme (une enquête glauque du FBI recomposée tant bien que mal via les points de vue de trois témoignages), Surveillance l'est moins sur le fond, Jennifer Lynch s'amusant à installer le vice et le malaise entre chaque ligne du scénario. Ici, tout le monde est un peu tordu et la moralité n'est pas vraiment chose courante : les flics sont tous pourris, les hommes trompent les femmes qui trompent les hommes, la drogue circule librement... Bref, le monde n'est pas joli, joli. Dans une telle mesure que Surveillance en parvient à être drôle, la cinéaste maniant l'humour noir avec une belle aisance. Dérangeant, lancinant, sondant les pires vices de l'humanité, Surveillance laisse presque de côté son intrigue (somme toute banale) pour se concentrer sur une inspection jouissive des déviances de ce monde. Ca fait mal, ça grince, c'est violent, ça verse pas mal dans le grand-guignol, les acteurs ont font parfois des caisses (comme Bill Pullman, qui retrouve la famille Lynch après Lost Highway), mais c'est sans doute un peu voulu. Jennifer Lynch parvient ainsi à signer une oeuvre assez personnelle, ne gardant de son papa que certaines fulgurences au niveau de l'ambiance, tel ce générique initial proprement effrayant qui, dans la pénombre, nous fait vivre avec intensité le massacre qui initiera cette enquête pas comme les autres.

Clem