Alors que les studios Paramount prépare la sortie de L'Etrange histoire de Benjamin Button, le jour de Noël, revenons sur l'histoire tumultueuse du cinéma et des adaptations d'œuvres de F. Scott Fitzgerald.

Dirigé par David Fincher et écrit par Eric Roth, L'Etrange histoire de Benjamin Button nous conte, comme le titre l'indique, l'histoire de Benjamin (Brad Pitt). De sa propre voix de narrateur, Benjamin raconte comment il est né dans des circonstances peu ordinaires le 11 novembre 1918 - le dernier jour de la Première Guerre Mondiale. En effet, le médecin annonce que l'étrange petite créature a toutes les caractéristiques, non pas d'un nouveau né, mais d'un homme de 80 ans prêt à passer de l'autre côté.

L'adaptation de L'Etrange histoire de Benjamin Button s'est avéré bien ardu pour Hollywood mais ce n'est pas une nouveauté. Les œuvres de F. Scott Fitzgerald ont toujours donné du fil à retordre. Si l'auteur était fasciné par le monde du cinéma et qu'il a d'ailleurs travaillé comme scénariste, il n'en reste pas moins que si ses écrits sont populaires, ils n'ont jamais été faciles à adapter.

Gatsby le magnifique, le roman le plus célèbre de Fitzgerald, publié pour la première fois en 1925, a donné naissance à trois films et un téléfilm et ce, sans que ce soit toujours de grandes réussites.

La première tentative d'adaptation, en 1926, un film muet, a été perdu. La version de 1949 avec Alan Ladd péchait par son manque d'épaisseur historique , par son incapacité à retranscrire le parfum de l'époque.

C'est la version de 1974, Gatsby le magnifique, produite par les studios Paramount, avec Robert Redford et Mia Farrow, qui marqua les esprits. Cependant si Robert Redford y est somptueux et si le travaille artistique (costumes décor) excelle, le film n'en reste pas moins superficiel.

Hollywood renoue avec Fitzgerald quelques années plus tard lorsque Elia Kazan se lance dans l'adaptation du roman inachevé de l'auteur, The Last Tycoon. Son film Le Dernier Nabab fait ainsi le portrait d'un magnat de Hollywood qui a été inspiré à Fitzgerald par Irving Thalberg, le dirigeant des studios MGM. Dans le livre l'auteur explique très bien ses relations houleuses avec l'industrie du cinéma. Hélas le film, avec Robert De Niro ne rend pas justice à Fitzgerald, il reste en surface et sclérose les émotions.

La télévision a presque réalisé un meilleur travail en adaptant Bernice Bobs Her Hair, Joan Micklin Silver est parvenue à capter l'esprit de Fitzgerald. En revanche l'adaptation télé de Tendre est la nuit s'est transformée en mélo indigeste.

Sachant que Fitzgerald est décédé en 1940 d'ue attaque cardiaque, à Hollywood, alors qu'il avait tout du scénariste raté, on se dit que c'est une véritable malédiction qui liait l'auteur et la ville du cinéma.

L'Etrange histoire de Benjamin Button, cependant, pourrait rompre le sort. Si l'oeuvre est bien celle deFitzgerald, le scénariste Eric Roth a pris de nombreuses libertés et ne s'est pas acharné à suivre scrupuleusement la nouvelle. Il a déplacé l'action dans le temps, du 19ème au 20ème siècle et dans l'espace remplaçant Baltimore par La Nouvelle Orléans. De plus, le scénariste, qui a remanié un premier scénario de Robin Swicord, a conservé une partie de la fibre très romantique qu'elle avait insufflé. Ainsi l'histoire d'amour prend davantage de place que dans la nouvelle de Fitzgerald et s'avère stimulante. La base qui est conservée c'est la structure narrative de la nouvelle, le fait d'avoir pris une vie à revers.

Les premiers journalistes à avoir vu le film aux Etats-Unis semblent conquis. Fitzgerald pourrait enfin avoir la place dont il a toujours rêvée à Hollywood. Le réalisateur