Gaël Morel évoque la genèse du projet : "En fait, je pars toujours d'une base réelle, presque un fait divers, pour, ensuite, aller vers quelque chose de singulier, et pour le coup très loin du fait divers et du naturalisme. Le point de départ d'Après lui, c'est le personnage de Camille pour lequel je me suis inspiré de ce qui s'était passé dans le petit village d'où je viens. En sortant d'une boîte de nuit, des jeunes avaient eu un accident de voiture dans lequel l'un d'eux avait trouvé la mort. Sa mère avait alors complètement rejeté les autres passagers qui s'en étaient sortis. J'ai imaginé la situation inverse, d'autant que dans ce genre de situations, des réactions comme celles de Camille - une sorte de pardon qui n'est pas non plus très simple à vivre - existent. J'ai parlé de ces idées à Christophe Honoré (...) Il a tout de suite été emballé par le sujet. Et on s'est mis à écrire."
Gaël Morel confie que, bien avant d'être l'héroîne d'Après lui, Catherine Deneuve est à l'origine de son amour du cinéma : "Ma première image d'elle, c'est Belle de Jour (...) Je l'ai vu à la télé, enfant, vers 9 ou 10 ans. Pour moi, c'est un film d'enfant ! J'ai vu Belle de jour comme un film qui raconte l'histoire d'une femme qui fait quelque chose de mal et qui, tout d'un coup, se rend compte qu'un ami de la famille sait ce qu'elle fait. Pour un enfant, c'est de l'ordre de la transgression, c'est quelque chose qui est très parlant. C'est vraiment ce film-là et elle dans ce film-là qui m'ont fait aimer le cinéma. A partir de là, je me suis intéressé à elle, j'ai vu qu'il y avait des noms qui revenaient dans sa filmo, je me suis intéressé à ces réalisateurs, puis à d'autres. Mon amour du cinéma est vraiment né à travers elle (...) Ce n'est qu'à la fin du tournage de Après lui que je lui ai raconté tout ça ! Elle savait à quel point j'aime l'actrice qu'elle est mais elle ne savait pas du tout l'importance qu'elle avait eu pour moi comme cinéaste..."
Gaël Morel et Christophe Honoré ont écrit le scénario sans penser à une actrice en particulier pour le personnage de Camille. Ils l'ont ensuite proposé à Catherine Deneuve, qui, quelques années auparavant, avait décliné un rôle dans un précédent projet de Morel (qui n'a jamais vu le jour). A propos des éventuelles inquiétudes liées au fait de diriger une actrice de l'envergure de Deneuve, le cinéaste précise : "J'ai balayé tout ça en calquant Camille, non pas sur des images de Catherine liées à ses films précédents, mais sur la première image que j'ai de Catherine en vrai, quand elle est venue sur Les Roseaux sauvages voir André (Téchiné), en jean, les cheveux ébouriffés à peine retenus par un crayon. Je voulais absolument la filmer comme elle m'était apparue. Je trouvais par exemple que le pantalon lui allait très bien, qu'il était nécessaire pour le film qu'elle ait cette coiffure très libre, que ses cheveux aient du mouvement, et qu'elle n'ait, pour accentuer la nervosité du personnage et son désarroi, ni sac à main ni accessoires..." Rappelons que Deneuve est l'actrice-fétiche de Téchiné, de Hôtel des Amériques aux Les Temps qui changent en passant par Ma saison préférée.
Gaël Morel précise ses intentions : "C'est ce que je voulais : un film vivant sur un sujet qui a priori pouvait faire peur. J'essaye toujours d'insuffler de la vie, de la foule, de la lumière, des couleurs. Je ne voulais pas que le film soit entraîné dans quelque chose de moribond et de mortifère. L'idée du plan séquence, c'est aussi pour ça, pour qu'on ne s'arrête jamais. Sur la question du deuil, de la mort, il y a autant de regards différents que de personnes. C'est pour ça que le personnage de Camille est à la fois singulier et mystérieux, plus que je ne le croyais, même. Cela a été la grande surprise du montage. Pendant tout le tournage, et déjà pendant l'écriture, on pensait qu'on faisait un film qui était l'histoire d'une chute. En montant le film, j'ai eu la suprise de constater que, contrairement à ce qu'on imaginait, le film ne racontait pas l'histoire d'une femme qui se perdait, mais l'histoire d'une femme qui se sauvait –dans tous les sens du terme.
Pour jouer le rôle de Franck, Gaël Morel a fait appel à Thomas Dumerchez, qu'il avait déjà dirigé dans Le Clan. Il explique ce choix : "C'est un garçon qui a trois choses formidables, assez rares, et plutôt contradictoires (...) : la lumière, la jeunesse et la tristesse... En outre, cela signifiait que comme réalisateur, je me retrouvais à tourner avec l'actrice qui m'a donné envie de faire du cinéma, et avec l'acteur à qui j'ai fait faire son premier film et que j'avais trouvé dans la rue. C'est le fantasme de tout cinéaste de pouvoir allier la personne qui a initié votre vocation à celle que vous avez révélée. Ça raconte une histoire de cinéma – j'aime bien l'idée qu'un film raconte aussi une histoire de cinéma. Cela allait même avec le propos du film – une femme en pleine maturité avec quelqu'un qui est en construction, en devenir... Enfin, c'était l'histoire du tournage ! Sur le plateau, Catherine était vraiment du côté de Thomas, dans le tutoiement, dans un rapport privilégié qui était sa façon, à elle, de dissiper l'angoisse de Thomas de devoir jouer face à elle... C'était beau de voir comment ils se sont trouvés, comment ils se sont rencontrés..."
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