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Jim Jarmusch a demandé au comédien Jeffrey Wright, qui incarne l'apprenti détective Winston, d'adopter un accent très particulier. Celui-ci a donc travaillé selon une méthode très personnelle : "Sur le plateau, Jeffrey était parfois pendu à son portable juste avant qu'on tourne une scène", se souvient le réalisateur. "Au bout d'un moment ça m'a inquiété, et je lui ai dit : "Jeffrey, est-ce que tout va bien ? Tu étais juste au téléphone..." Et lui : "Oui, oui, t'inquiète, j'appelle l'ambassade d'Ethiopie toutes les cinq minutes, je trouve une question à leur poser, n'importe quoi, c'est pour écouter l'accent du type qui me répond. Nous avions effectivement beaucoup parlé d'un accent éthiopien (...) on y trouve des sonorités un peu indiennes. Jeffrey est très méticuleux alors il passait son temps au téléphone à demander au type : "Et à la frontière ouest, il y a des problèmes ?
Jim Jarmusch reconnaît avoir conçu Broken flowers en pensant à Bill Murray, dont il apprécie "le mélange de malice et de mélancolie". Il avait d'ailleurs écrit au départ un autre film pour le comédien, mais alors que ce projet était presque prêt, il a décidé de l'abandonner, et a écrit en deux semaines le scénario de Broken flowers. A propos du héros de Lost in translation, il ajoute : "Bill Murray est quelqu'un qui garde une belle part d'enfance en lui. Quelqu'un me demandait, pendant le tournage : "Comment est-ce que tu fais pour capter l'attention de Bill ?" J'ai répondu : "Eh bien, si tu t'installes avec des crayons et un cahier de coloriage et que tu lui dis : "Regarde, Bill, je fais du coloriage. C'est chouette, non ?", alors ça ne l'intéressera pas. Mais si tu t'installes, que tu l'ignores et que tu te plonges dans ton cahier, alors il s'approchera pour te demander : "Qu'est-ce que tu fais ?..." Et si tu lui réponds : "Euh, je fais du coloriage", il dira "Et moi, je peux ?" - "Bien sûr, allons-y !"
Jarmusch précise ses intentions : "Ce sont le hasard, la chance, les coincidences qui guident notre vie. On peut toujours vouloir organiser les choses autant que l'on veut, ce qu'il y a de plus beau et de plus profond dans la vie n'est pas rationnel mais émotionnel, ce sont les rencontres que l'on fait. Et ces choses-là sont très mystérieuses. Elles ajoutent selon moi à la trame de la vie. J'ai toujours essayé de faire des films qui ne se cantonnent pas à la structure ou à l'organisation d'un genre. Dead Man utilisait le western comme toile de fond, Ghost Dog évoque plusieurs genres cinématographiques mais j'espère qu'il ne dépend d'aucun. Tout comme ce nouveau film qui n'est, pour moi, ni une une histoire tragique ou déprimante. Ce n'est ni l'un, ni l'autre. J'espère qu'il n'appartient à aucune catégorie."
Aussi cinéphile que mélomane, Jim Jarmusch a toujours accordé un soin particulier à la bande-son de ses films -qu'on se souvienne des accords de guitare de Neil Young dans Dead Man ou du climat hip-hop dans lequel baignait Ghost Dog, grâce à RZA. Cette fois, le réalisateur a choisi comme fil conducteur les morceaux d'un artiste éthiopien renommé, Mulatu Astatke. Les extraits qu'on entend dans Broken flowers, et qui oscillent entre jazz, funk et rythmes latino, ont été composés par Astatke dans les années 60 et 70.
Au début de Broken flowers, Bill Murray, qui incarne un célibataire endurci, ex-homme à femmes, regarde à la télévision... Les Quarante ans de Don Juan (The Private life of Don Juan), variation autour du séducteur vieillissant signée Alexander Korda en 1934, avec Douglas Fairbanks dans son ultime rôle.
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