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Par l'intermédiaire de son oncle écrivain, Steven Shainberg a appris à apprécier les photos de l'artiste alors qu'il n'était encore qu'un enfant : "Je n'ai jamais rencontré Diane, mais elle faisait partie intégrante de mon univers, et c'était quelque chose de mystérieux et d'intrigant. Ses photos ont joué un rôle fondamental dans mon éducation visuelle. De la même manière que certains parents lisent des contes de fées ou les oeuvres du Dr Seuss à leurs enfants le soir, moi je montais dans ma chambre en passant devant la photo du “Géant juif” - une des célèbres photos de Diane, représentant Eddie Carmel, 2,43 m et 224 kg, et ses parents."
Fasciné par Diane Arbus, le réalisateur s'est mis à collectionner les photos de l'artiste dans le cadre de sa collection de photographie américaine. Une de ses images lui avait pemis de nourrir sa réflexion sur cet art, Steven Shainberg se souvient : "Elle se trouvait en haut des escaliers, entre le deuxième et le troisième étage, juste à côté de la chambre de mes parents. Diane avait photographié deux adolescents debout dans la rue. Lui porte une sorte d'imperméable sombre qui lui arrive aux genoux, et il se tient juste à côté de sa petite amie. Je me souviens d'être rentré de l'école un jour, de m'être arrêté devant cette photo, et d'avoir été incapable de dire si les sujets étaient adolescents ou s'ils avaient une cinquantaine d'années. J'ai pensé - je m'en souviens très bien que c'était très bizarre. J'étais perplexe, dérouté par cette question très simple. Cette photo a déclenché quelque chose, elle m'a poussé à regarder par la suite toutes les photos en général en me demandant ce qui s'y passait et quel était leur sens."
Diane Arbus est une des meilleures représentantes de la photographie américaine des années 1960-70. Née dans une famille de riches fourreurs New Yorkais, elle se marie à l'âge de 18 ans avec Allan Arbus, un photographe de mode. Travaillant comme styliste auprès de son mari, ils collaborent pour des prestigieux magazines tels que Harper's Bazaar ou Esquire. Mais Diane Arbus ne s'épanouit pas dans cette activité et décide de faire des portraits plus personnels. Fascinée par des personnages hors normes comme les travestis, les malades mentaux, les monstres de foire, les jumeaux, les nudistes...Diane Arbus crée un style original se détachant des codes du portrait photographique de l'époque. Les images de Diane Arbus interrogent sur l'identité de ces "icônes" hors du commun. Certaines de ces photos sont très célèbres comme le géant new-yorkais photographié en compagnie de ses parents, ainsi que l'inquiétante photographie des deux jumelles. D'ailleurs, le réalisateur Stanley Kubrick s'est inspiré de cette dernière photo pour créer les deux soeurs dans Shining. Victime d'une grave dépression, Diane Arbus se suicide en 1971.
D'après le réalisateur, Diane Arbus entretenait une étroite complicité avec les gens qu'elle photographiait :"De mon point de vue, ce qui rend ses photos si inhabituelles et si émouvantes, c'est qu'elles naissent d'une relation longue et complexe avec le sujet. Pour la photo du géant juif par exemple, on ne connaît qu'une seule photo, celle du géant avec ses parents debout à ses côtés, sa mère qui lève les yeux vers lui. Mais la vérité est que Diane connaissait Eddie Carmel depuis dix ans et qu'elle a pris des centaines et des centaines de photos de l u i en d'innombrables occasions. Et elle n'en a publié qu'une ! Et cette photo qu'elle a créée, qu'elle a “découverte”, est née de cette longue relation qu'elle avait avec le sujet. C'est vrai d'un grand nombre de ses clichés. Quand j'ai rencontré Bonnie, mon point de vue était qu'il fallait que le film parle de l'intimité entre Arbus et le sujet. Un film sur Diane Arbus devait parler de la création d'une seule photo."
Le scénario mélange éléments fictifs à des faits avérés tels que la jeunesse de Diane Arbus dans une famille de riches fourreurs et sa vie de femme modèle auprès de son mari. Le réalisateur et la scénariste Erin Cressida Wilson, ont tenté une nouvelle approche de sa biographie, en imaginant ce que l'artiste a dû traverser émotionellement et psychologiquement dans les semaines qui ont précédé la création de son premier portrait. La scénariste explique : "Mélanger les faits et la fiction prenait particulièrement du sens pour un film sur Diane Arbus. L'une des caractéristiques les plus importantes de son travail est justement le mélange d'imaginaire et de la réalité dans ce qu'elle a de plus âpre. C'était inhérent à sa vision du monde."
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