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Todd Haynes explique pourquoi il a choisi d'élaborer un récit fragmenté pour brosser le portrait de Dylan : "Plus je lisais, plus je réalisais à quel point ses changements humains et artistiques caractérisaient sa vie. Le seul moyen d'en rendre compte était d'utiliser le pouvoir de la fiction, de distiller sa vie et son travail en une mosaïque de Dylan et d'histoires différentes. Les sept personnages qui en ont finalement émergé me semblent englober les sujets et les motivations majeurs qui ont déterminé sa vie et son travail, même si la plupart puisent leur source dans les années 60. Pendant que je travaillais sur le scénario de Loin du paradis, le concept de base et les premiers jets de I'm not there ont pris forme. A la fin de la première année passée à Portland, nous avons obtenu les accords de la part de Dylan pour poursuivre le projet. Mais le gros des recherches et de l'écriture n'a débuté qu'en 2002, après la sortie de Loin du paradis"
Todd Haynes a écrit le scénario en compagnie d'Oren Moverman, qui avait co-signé le script de Jesus' Son, film indépendant très remarqué. Avant d'être scénariste, Moverman fut journaliste pour la revue branchée Interview -il avait d'ailleurs réalisé dans ce cadre un entretien avec un certain...Todd Haynes. Ajoutons qu'on retrouve son nom au générique de Velvet Goldmine, dans la partie "remerciements".
Todd Haynes explique comment ont été choisies les chansons qu'on entend dans le film, parmi toutes celles qu'a enregistrées Dylan : "Les chansons du film ne sont pas forcément mes préférées ou celles considérées comme les meilleures de Dylan. Avant tout, elles devaient nourrir la trame et les ressorts dramatiques du film. En même temps, je pense qu'il était important d'avoir des chansons prestigieuses, comme All Along the Watchtower ou Visions of Johanna, et d'autres moins connues, voire obscures, telles que I'm not there qui donne au film son titre. Je voulais aussi un mélange des enregistrements faits par Dylan et des reprises d'artistes contemporains. Ça nous a permis de prolonger et de donner un coup de fouet à son impressionnant répertoire (...)
Derrière le biopic... un film politique ? Todd Haynes s'explique : "Toutes ces années passées à développer et à écrire I'm not there ont été aussi les années phares de l'administration Bush et de la guerre en Irak. Je me suis souvent senti très proche du personnage de Claire, interprété par Charlotte Gainsbourg, qui regarde, impuissante, se dérouler la guerre du Vietnam à la télévision. Une grande partie de ma propre colère et de ma stupéfaction, je l'ai exprimée, canalisée à travers cette chronique des années 60 : hormis des points communs avec la guerre en Irak, cette période était marquée par une opposition militante et bruyante, à cent lieues des années Bush/Cheney. Tout au long de l'écriture, j'avais vraiment le sentiment d'évoquer un monde mort et enterré, radicalement différent de celui dans lequel je vivais. Aujourd'hui, les répercussions catastrophiques de la période Bush ont infléchi le destin du pays, amorçant pour certains la fin de l'ère conservatrice débutée dans les années 60 et facilitant, du coup, l'accueil d'un film comme I'm not there : j'y rappelle l'enjeu crucial de se battre pour une société libre, et le fait que cet idéal s'est perdu en chemin."
A l'été 2000, Todd Haynes et sa productrice Christine Vachon ont contacté Jeff Rosen, le manager de Bob Dylan, par l'intermédiaire de Vessie Dylan, fils du chanteur, cinéaste indépendant à Los Angeles. Rosen a demandé à Haynes de résumer son projet. Cette note d'intention commençait ainsi : "Si un film, animé du souffle et des soubresauts de la créativité, devait voir le jour, un film qui ouvrirait les esprits au lieu de les refermer sur nos certitudes, alors celui-là ne supporterait pas les contraintes d'une narration classique." Ce résumé a été envoyé à Dylan, avec la copie de quelques films signés Todd Haynes, et le chanteur a donné son accord quelques mois plus tard (alors qu'il avait toujours refusé les projets de biopics qui lui avaient été soumis). Précisons que, tout au long du projet, le réalisateur n'a jamais été en contact direct avec l'artiste.
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