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Inju, la bête dans l'ombre Critique

"Inju, la bête dans l'ombre" Critiques

Film
Inju, la bête dans l'ombre
Auteur
anonymous
Date
1969-12-31 23:00:00
Note
3/5 3 stars
Provenant de :
Allociné
Critique

Magimel, pas un ennemi pour Schroeder

Barbet Schroeder confie avoir découvert Benoît Magimel dans La Pianiste. Avant Inju, le réalisateur et le comédien ont failli collaborer sur le projet Mesrine. C'est en effet Schroeder qui devait au départ réaliser le film consacré au célèbre gangster. Vincent Cassel étant en désaccord avec le scénario prévu à l'époque, s'était désisté, et la production avait envisagé de confier le rôle à Magimel. Mais celui-ci avait décliné la proposition. Puis c'était au tour du réalisateur de se désister. Le film, en deux volets, L'Instinct de mort et L'Ennemi public n°1, a finalement été réalisé par Jean-Francois Richet et Vincent Cassel, et sa (double) sortie en salles a été fixée à l'automne 2008, quelques semaines après celle d'Inju...

Le goût de la beauté

Ancien critique aux Cahiers du cinéma, Barbet Schroeder a également voulu, à travers Inju, rendre hommage au 7ème art : "Inju est aussi un film sur le cinéma, une réflexion sur la fascination que provoque le cinéma. Et en particulier le cinéma dit "de genre". Par exemple, j'ai pris beaucoup de plaisir à filmer mon propre "film de sabre" (genre chambara) en ouverture d'Inju et à multiplier les hommages au "film noir". Pour que ce plaisir soit aussi celui du spectateur, il fallait que le film devienne un pur objet de contemplation, une surface lisse et réfléchissante. C'est pour ça que j'ai tenu à tourner en "super-35 mm" à la recherche des secrets perdus d'un certain cinéma, pour conférer au film -avec l'aide de Luciano Tovoli- une beauté dans laquelle on puisse se perdre, une splendeur de labyrinthe." Inju marque la septième collaboration de Schroeder avec Tovoli, grand chef-opérateur, qui a travaillé à plusieurs reprises avec Michelangelo Antonioni, Maurice Pialat ou... Francis Veber !

Un jour est né "Inju"...

Le réalisateur se souvient : "Il y a cinq ans, Raoul Ruiz m'a offert Inju de Edogawa Ranpo. Il pendait que c'était un sujet pour moi. J'ai trouvé le roman effectivement fascinant mais cette histoire de rivalité entre écrivains japonais m'avait semblé trop difficile à adapter. C'était impossible. Quelques années plus tard, je reçois par la Poste un scénario, intitulé également Inju, écrit par Jean-Armand Bougrelle -qui vivait au Japon. Lui aussi était convaincu que je pourrais en faire quelque chose et c'est lisant son adaptation que j'ai été définitivement séduit par cette histoire. Bougrelle avait eu l'idée décisive que l'un des deux romanciers rivaux soit un étranger, un Français spécialiste de l'oeuvre de Shundei Oe, un avatar de Ranpo lui-même."

Ranpo sort de l'ombre

Inju est un roman, paru en 1928, et signé Edogawa Ranpo, illustre auteur de polars japonais né en 1894 et décédé en 1965. Son nom est un hommage phonétique à Edgar Allan Poe, même si Edogawa est aussi le nom d'un quartier de Tokyo... L'oeuvre de cet auteur populaire et influent est marquée par la violence, y compris sur le plan de la sexualité, et l'étrangeté. Barbet Schroeder précise que Ranpo a servi de modèle au personnage de Shundei Oe : "Adulé du grand public, très respecté et en même temps terriblement méchant... Dans notre civilisation occidentale, il est impensable qu'un écrivain malfaisant et sans aucun remords soit autant adulé."

Geiko, kesako ?

Le réalisateur, qui a veillé à ce que la représentation de la culture japonaise soit le plus proche possible de la réalité, a notamment soigné le persnnage de la geiko, qui n'existait pas dans l'histoire initiale. Il explique : "Le sujet m'a semblé aussi intéressant qu'épineux : les Japonais détestent la représentation que l'Occident fait des geishas. Le mot est d'ailleurs impropre. Parler d'une geisha et non d'une geiko, c'est comme dire "toréador" au lieu de "toréro". C'est une "japonaiserie". Ils ne tolèrent pas le malentendu qui consiste à réduire ces femmes à de vulgaires courtisanes. Et Hollywood les a totalement scandalisés et traumatisés en confiant le rôle d'une geisha à une actrice chinoise ! (...) J'ai donné tout pouvoir sur le plateau à l'une des trois geishas dépositaires de la tradition du célèbre quartier de Gion afin que le moindre détail, le moindre geste soit absolument vrai. Je l'appelais affectueusement ma "Police Culturelle" ! "

Copyright © Allociné 1969.


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