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Ne voulant pas être accusé d'avoir écrit "une ode à l'adolescence où l'autorité parentale est vouée aux gémonies", le jeune réalisateur a tenu à avoir du recul sur ses personnages qu'il a ainsi aimés autant l'un que l'autre, désireux de montrer leurs qualités autant que leurs défauts et d'esquisser ainsi sans parti pris le portrait d'une relation à deux. Façonnant tous les jours son identité, son personnage cherche ainsi surtout à pouvoir la vivre et la laisser éclore dans un environnement suffocant pour lui, celui d'une mère banlieusarde et populaire.
Encouragé par une enseignante marginale à s'exprimer sur des sujets chers et intimes, Xavier Dolan a écrit lors de ses années lycée, une nouvelle sur le thème de la haine infantile, intitulée à l'époque Le Matricide. En 2006, après avoir abandonné ses études et face "au néant de l'âge adulte et à la crasse de son petit appartement", le jeune homme décide d'approfondir l'exercice en écrivant un scénario sur le même sujet, inspiré de sa propre vie : "Evinçant le côté très ésotérique de la nouvelle, j'ai écrit J'ai tué ma mère en misant sur le côté hyperréaliste des détails irritants du quotidien, et en tentant –un peu maladroitement- de démontrer la dichotomie des sentiments, et d'évoquer la nostalgie, le souvenir de l'enfance", explique t-il.
Si le foyer d'Hubert est glauque, kitsch et ténébreux, celui de son ami Antonin est lumineux et luxueux, et celui de son professeur Julie, classique et bleu. Afin de mettre en exergue le contraste de ces différents univers, Xavier Dolan a opté pour des couleurs différentes les caractérisant. Attiré par les arts plastiques, son film trouve son inspiration dans les peintures d'artistes qu'il admire, tels que Pollock, Matisse ou Klimt. En hommage également à Arthur Rimbaud et à Antonin Artaud, le nom de l'amant d'Hubert est Antonin Rimbaud. Les scènes en noir et blanc représentent une sorte de réflexion spirituelle que capte un Dieu omniscient, pour le spectateur : " Le personnage se filme durant ces séquences, mais notre vision n'est pas celle qu'il obtient avec sa caméra bon marché. C'est sa propre vision dans cet environnement intime de confidences et d'expiation," explique Dolan.
Magnifique, la musique du film ralentit certains plans, semblables à ceux de Wong Kar-Wai dans In the Mood for Love ou faisant penser à la partition de Shigeru Umebayashi. Aidé d'Hélène Girard, sa monteuse, le jeune cinéaste a beaucoup appris : "Nous avons pu échanger, délibérer, défendre nos idées, nos choix, " raconte t-il, avant de préciser qu'il a lui-même monté la séquence du dripping durant laquelle les deux héros masculins peignent et font l'amour, sachant de façon précise ce qu'il voulait obtenir.
Xavier Dolan a choisi les interprètes de son film après quelques rencontres qui étaient le fruit du hasard, puis lors de sélections bienheureuses de dernière minute. Ainsi Anne Dorval, qui joue sa mère, est connue au Québec pour son rôle dans le fameux et décapant soap québécois Le Coeur a ses raisons. Se laissant diriger, les comédiens ont fait preuve d'une ouverture d'esprit et d'une humilité qui ont insufflé au jeune cinéaste toute la confiance qui aurait pu lui faire défaut: "J'aime diriger, et observer les moindres détails, les moindres tics" confie t-il.
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