Recevoir les informations de Yahoo! Entertainment sur votre mobile En savoir plus
Ce film évoque la fin du règne de l'aristocratie dans l'armée à cause du déclin de la cavalerie à l'issue de la Première Guerre mondiale à travers les portraits croisés du Capitaine de Boeldieu et de Von Rauffenstein. Jean Renoir s'est inspiré de sa propre expérience puisqu'il a servi dans la cavalerie en 1914-1918.
Marc Ferro dans son livre Cinéma et histoire a souligné la variation des interprétations de ce film suivant les époques. A sa sortie en 1937, le long métrage est jugé comme un film de gauche pacifiste en faveur du rapprochement entre les peuples. Le personnage du juif Rosenthal est apprécié parce qu'il est censé battre en brèche les antisémites en montrant que les Juifs font la guerre comme tout le monde. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, certains journalistes se déchaînent contre le film. Le personnage cupide de Rosenthal révèle l'antisémitisme banal et populaire des Français de l'entre-deux-guerres. Les gestes d'amitié entre soldats français et allemands sont vécus comme annonciateurs du régime de Vichy et comme une invitation à la collaboration. Le film est vite réhabilité et porté aux nues par des cinéastes comme François Truffaut, grand admirateur de Jean Renoir. Truffaut interprète le film de façon rétrospective, à la lumière de la Seconde Guerre mondiale. Il pense que la grande illusion est de penser en 1918 que c'est la dernière guerre. Et de citer les derniers dialogues du film : "Maréchal : Il faut bien qu'on la finisse cette putain de guerre... en espérant que c'est la dernière. Rosenthal : Ah, tu te fais des illusions !"
La Grande illusion reçut un accueil mitigé dans les démocraties occidentales. Tandis que le Ministre socialiste Paul-Henri Spaak (qui se trouve être le frère de Charles Spaak, scénariste de ce film) l'interdit en Belgique, Churchill le condamne en Grande-Bretagne. A l'inverse, le président des Etats-Unis Roosevelt se fait projeter le long métrage le 11 novembre 1937 et déclare : "Tous les démocrates du monde devraient voir ce film".
A la sortie du film aux Etats-Unis en 1938, Jean Renoir déclara : "Parce que je suis pacifiste, j'ai réalisé La Grande illusion. Pour moi, un vrai pacifiste, c'est un Français, un Américain, un Allemand authentiques." Ce pacifisme fut parfois interprété à tort comme un antimilitarisme.
Compagnon de route du Parti communiste, Jean Renoir entend montrer dans ce film que les différences sont moins grandes entre Nations qu'entre classes sociales. C'est ainsi les deux officiers de cavalerie français et allemand sympathisent malgré la guerre qui oppose leurs deux armées. Le pendant de ces deux aristocrates est représenté par Jean Gabin, officier prolétaire.
Copyright © Allociné 1969.