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A l'origine du projet, il y a le poème La Mort du loup d'Alfred de Vigny, où l'auteur décrit avec romantisme l'extraordinaire stoïcisme du loup face à sa mort infligée par l'homme. "Ensuite, poursuit Gilles Legrand, il y a la passion pour cet animal, son organisation sociale, sa nature libre et sauvage (en opposition à son cousin le chien, servile compagnon de l'homme), et aussi les invraisemblables fantasmes, mythes et croyances qui lui sont attachés. Enfin, il y a l'éradication planifiée des loups pendant près de trois siècles de traques incessantes, pour aboutir à l'extinction définitive de l'espèce en France après la Première Guerre mondiale, pensée et vécue comme la maîtrise impérieuse de l'homme sur la nature... Tout ceci m'a donné envie d'imaginer de manière romanesque en prenant toute liberté par rapport à l'Histoire, le destin de la dernière meute de loups vivants en France en 1925... avant que ceux-ci ne réapparaissent naturellement, ignorant les frontières en provenance d'Italie, une fois protégés par les conventions internationales en 1992."
"A travers le destin d'une jeune fille en avance sur son temps, confrontée à la rivalité entre un industriel visionnaire de la vallée et un homme rustre vivant au milieu de la nature, c'est également la quête permanente de l'homme à combattre ce qu'il ne maîtrise pas que Gilles Legrand a voulu aborder. "En parlant d'une époque révolue, explique-t-il, j'ai voulu éviter d'aborder ce sujet de façon polémique, et esquiver les débats stériles sur l'utilité aujourd'hui de préserver une espèce naturelle... J'ai préféré un récit sous la forme d'un conte initiatique, à une époque où mes personnages ne pouvaient avoir de réelle conscience écologique. Ils se laissaient ainsi guider uniquement par leurs conflits, leurs intérêts et leurs passions. Comme dans Malabar Princess, j'ai voulu garder ce parfum doux amer du mélange tragédie comédie. Et puis bien sûr ce sujet appelle des images fortes, celles des vallées profondes et industrieuses, des montagnes et de leurs glaciers, de ces animaux somptueux. Un film populaire, spectaculaire, qui nous parle de la nature humaine dans son rapport à la nature."
Jeune, Gilles Legrand se destinait à une carrière de vétérinaire, profession à laquelle aspire Angèle, le personnage joué par Laetitia Casta dans le film. "J'ai moi-même lamentablement échoué dans cette voie à 18 ans, explique le réalisateur, avant de trouver un premier emploi dans le cinéma... à m'occuper d'animaux sur un tournage ! Ce n'était pas des loups ...mais des rats !"
Concernant les décors, les difficultés étaient multiples. Pour trouver la petite ville industrielle du film, Gilles Legrand et son équipe ont dû sillonner tous les massifs montagneux de France et finalement porté leur dévolu sur un tout petit village de Haute-Savoie, Sixt Fer A Cheval, qu'ils ont agrandi par trucage numérique. "Puis il a fallu trouver un vaste plateau entouré de montagne, accessible et enneigé à coup sûr pour crasher l'avion de Zhormov, raconte le réalisateur... Nous avons construit un faux avion à l'échelle une, pour le fracasser dans les sapins, et mis au point un prototype de patin pour permettre au vrai avion de Jean Salis d'atterrir sur la neige, ce qui n'est pas une mince affaire... Autre difficulté : la masure de Giuseppe. J'avais longtemps imaginé un "nid d'aigle" à proximité de la cascade de glace du glacier d'Argentières (où on exploitait encore la glace au début du XXème siècle) mais il s'est vite avéré impossible de tourner avec une équipe de cinéma et surtout une meute de loups dans un lieu aussi étroit...Nous avons donc reconstruit un immense décor de paroi rocheuse avec une masure troglodyte en studio et une fois de plus l'environnement de cette incroyable nature a été réintégré en trucage."
Gilles Legrand raconte comment son équipe et lui ont pu mettre la main sur les loups nécessaires à l'histoire du film : "Très en amont, j'ai rencontré Pierre Cadéac, un des dresseurs d'animaux pour le cinéma, dont j'appréciais l'approche et les méthodes de travail pour qu'il supervise tous les "problèmes" animaliers. Il ne possédait lui-même que quelques louveteaux, et on a donc décidé d'aller chercher aux Etats-Unis et au Canada les spécialistes du loup... Un certain Steve Martin a regroupé six dresseurs et quatorze loups tous plus magnifiques les uns que les autres. Nous avons fait venir toute cette équipe en France en ayant bien pris la précaution de faire valider par chacun un story board ultra-détaillé de chaque séquence mettant en scène les loups. Tout ce petit monde s'est installé dans la ferme de Pierre Cadéac et là il y a eu un véritable choc culturel. L'équipe américaine était entièrement au service de leurs animaux et très peu au service du film... refusant toute assistance vétérinaire, toute présence de technicien sur le plateau, tout conseil de Pierre Cadéac... Un véritable cauchemar pour moi et pour l'équipe technique. Très vite nous avons compris que nous n'arriverions pas au bout du film de cette manière. Nous avons cherché des solutions de secours avec d'autres loups vivants en France. Nous avons teint et maquillé des animaux pour qu'ils prennent le relais des Américains. Avant de les renvoyer chez eux au deux tiers du tournage, nous avons beaucoup tourné avec leurs loups en studio sur fond bleu des positions et des attitudes simples que nous avons utilisé ensuite dans des plans truqués numériquement... Et nous avons surtout été sauvés par un jeune prodige, un des louveteaux de Pierre Cadéac qui avait grandi entretemps, un loup noir dénommé Mako qui s'entendait particulièrement bien avec Laetitia Casta et Stefano Accorsi."
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