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Pour incarner le garde-chasse, un des rôles principaux de Lady Chatterley, la réalisateur a choisi un comédien inconnu du grand public et au parcours atypique, Jean-Louis Coulloc'h. Elève en apprentissage de cuisine à 15 ans, il a travaillé dans la restauration puis exercé différents métiers (brancardier, coursier, technicien de théâtre...) avant de se lancer, sur le tard, dans la comédie. On a pu le voir au théâtre dans Platonov de Tchekhov (mise en scène de Jean-Claude Fall, 1988), Melancolia de Jon Fosse (mise en scène de Claude Régy, 1999) ou plus récemment Le Tas, une pièce écrite et mise en scène par Pierre Meunier. Au cinéma, il n'avait jusqu'alors fait que quelques fugaces apparitions (Circuit Carole).
Pascale Ferran parle du choix des deux acteurs principaux : "J'avais remarqué Marina Hands depuis longtemps, comme une jeune comédienne très singulière. Elle faisait partie des quelques comédiennes auxquelles je pensais parfois, pendant que j'écrivais. Et puis, je l'ai rencontré et il s'est passé une chose assez rare, qu'on pourrait appeler un coup de foudre. Entre moi et elle et entre elle et le projet (...) Elle a quelque chose de profondément romanesque et, en même temps, une audace, une bravoure, un appétit pour le travail incroyable. Pour Parkin, je cherchais un comédien inconnu, parce que je voulais qu'il fasse irruption à l'écran comme dans la vie de Constance. Il fallait un corps archaïque, terrien ; que son corps raconte un rapport premier à la matière (...) Avec [Jean-Louis Coulloc'h], l'apprivoisement a été plus long. Il est devenu comédien très tard, il n'avait presque jamais tourné, et le rôle est très difficile quand on a aussi peu d'expériences. Mais l'on a préparé très soigneusement, et comme, par ailleurs, nous tournions dans la chronologie, il s'ouvrait de plus en plus au fur et à mesure du tournage, comme Parkin lui-même, et c'était très beau."
Pour l'écriture du scénario, Pascale Ferran a fait appel à son vieux complice Pierre Trividic, ancien camarade de l'IDHEC, qui avait déjà co-écrit Petits Arrangements avec les morts, son premier long métrage en 1993, et qui, depuis, est lui-même devenu cinéaste (Dancing, cosigné par Patrick Mario Bernard et Xavier Brillat). La cinéaste a également travaillé en compagnie de Roger Bohbot, un nom qu'on a déjà pu lire au générique de La Vie rêvée des anges, Depuis qu'Otar est parti ou Rois et reine.
Pascale Ferran livre son point de vue sur l'ouvrage de D.H. Lawrence et précise ses intentions : "C'est clairement une domination croisée. Une domination sociale et une domination homme/femme ; chacun des deux protagonistes étant à la fois dominant sur un terrain et dominé sur l'autre (...) il y a spontanément deux grands axes de travail assez distincts. Le premier est de considérer que ce thème-là : l'amour plus fort que toutes les barrières sociales, reste le centre du livre. Et, dans ce cas, pour restituer quelque chose du scandale de l'époque, il faut effectuer une transposition. Ça peut donner Loin du paradis de Todd Haynes , par exemple. L'autre, qui est mon hypothèse de départ, est de penser que le centre est plutôt à chercher du côté de la naissance d'un couple. De l'amour comme possibilité d'accès à une vérité intime. Comment, à partir de l'attraction de deux corps que tout oppose, un processus peut se mettre en place. Et comment ce processus d'amour ne fait qu'un avec l'apprentissage des différences de pensées - quelles que soient celles-ci -, l'apprentissage d'une langue commune, l'invention d'une forme de confiance, l'acceptation d'un abandon à l'autre, etc."
Cela faisait plus de dix ans que Pascale Ferran, auteur des très remarqués Petits Arrangements avec les morts (1993) et L'Age des possibles (1995) n'avait pas tourné. Avant de se lancer dans Lady Chatterley, la réalisatrice avait travaillé sur deux autres projets qui n'ont pas abouti. Le premier s'intitulait Paratonnerre : "C'était un film fantastique, une histoire d'amour, avec beaucoup de décors, pas mal de figuration, des effets spéciaux. [Ce projet] était lourd. Trop même, en tout cas trop cher dans les conditions de financement actuelles, puisque après plusieurs mois de préparation, on a dû tout arrêter. Ce qui est toujours très pénible", confie-t-elle. L'autre projet était un huis clos amoureux entre un homme et une femme, mais Ferran et Pierre Trividic ne sont pas parvenus à écrire un scénario satisfaisant. "Quand j'ai découvert Lady Chatterley et l'homme des bois, cela a été une forme de retrouvailles avec ce projet ancien. Des retrouvailles très joyeuses, puisque là où nous avions échoué, la réussite de Lawrence était éclatante."
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