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Robert Guédiguian revient sur les liens entre "l'Affiche rouge" et ses préoccupations d'aujourd'hui : "En fait, mon interrogation est liée au trouble dans lequel je suis par rapport à "l'hypothèse communiste", comme dit Alain Badiou. Le fait que cette hypothèse ne puisse se mettre en oeuvre dans un avenir relativement proche me gêne dans ma vie de tous les jours. Alors que j'avais un rapport très concret avec cette idée, celle-ci semble dans notre époque de plus en plus abstraite. Je crois néanmoins important de montrer aujourd'hui cet internationalisme. Ces juifs, Arméniens, Hongrois, Roumains, Polonais, Italiens et Espagnols qui se battent pour la même cause demeurent un exemple dans notre monde actuel d'inégalités criantes, de replis communautaires et religieux." Il ajoute : "Pour plaisanter, je dis que L'Armée du crime c'est du Cinéma national populaire, en écho au Théâtre national populaire de Jean Vilar. Parce que le film concentre de la culture, de la légende, de beaux personnages historiques... Et je n'ai pas de problème à dire que ma démarche est aussi pédagogique. J'assume cela totalement."
Le casting de L'Armée du crime mêle les habitués du cinéma de Robert Guédiguian, comme Jean-Pierre Darroussin, Ariane Ascaride, Gérard Meylan et Yann Tregouët et les petits nouveaux que sont Virginie Ledoyen, Robinson Stévenin, Grégoire Leprince-Ringuet, Lola Naymark et Adrien Jolivet. Simon Abkarian avait déjà tenu un rôle dans Le Voyage en Arménie.
Robert Guédiguian évoque le fait de travailler avec des comédiens de la jeune génération, qu'il n'avait encore jamais dirigés : "Je crois que cela a été une très belle expérience autant pour eux que pour moi. Le fait de redonner vie à une histoire qu'on a cessé de raconter dans le mouvement ouvrier s'est superposé aux raisons mêmes de faire du cinéma, puisque que je ne saurai faire un film - je dis cela en toute modestie - qui ne procède d'une vision du monde, d'une morale à transmettre. Peut-être que ces jeunes comédiens ne sont pas si souvent confrontés à cela dans le cinéma d'aujourd'hui. Quoi qu'il en soit, ils ont tous témoigné que ce rapport à l'histoire et au cinéma leur manquait. J'ai pu le constater quand ils se sont approprié leur rôle, et quand ils ont rencontré Henri Karayan, ce vieux résistant qui, lui, a connu tous ceux dont ils ont joué les personnages. Ainsi, ce qui m'a beaucoup plu, c'est tout simplement d'être en accord avec eux."
Ce film d'époque est le long métrage le plus coûteux réalisé à ce jour par Robert Guédiguian. Le cinéaste revient sur le travail de reconstitution : "Les bâtiments ou les lieux de Paris qui datent de cette époque sont devenus pittoresques. Ils ont été repeints, réhabilités, ils sont devenus chics. Ceux qui sont restés dans leur jus se trouvent d'ailleurs davantage dans les beaux quartiers que dans les quartiers populaires qui, pour la plupart, ont été détruits et plusieurs fois refaits.Les repérages ont duré 3 mois. C'est un travail de patience et de longue haleine pour arriver à mélanger du studio et des décors naturels, qui sont tous retouchés. Après le tournage, on a fait exactement 133 interventions numériques ponctuelles. Par exemple, pour enlever une parabole par-ci, ou mettre deux barreaux transversaux sur une fenêtre à double vitrage moderne par-là... Tout cela a un coût. Le budget de ce film est deux fois et demi plus important que les budgets dont je dispose habituellement."
Robert Guédiguian a écrit le scénario en compagnie de Gilles Taurand, collaborateur entre autres d'André Téchiné et Raoul Ruiz (il avait déjà travaillé sur l'autre film "historique" de Guédiguian, Le Promeneur du champ de Mars) , et du réalisateur Serge Le Péron. Lui aussi s'était attaqué à un fait marquant de l'Histoire récente dans J'ai vu tuer Ben Barka. Le rôle de l'opposant marocain était d'ailleurs tenu par Simon Abkarian, qui interprète ici Manouchian.
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