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Une longue séquence vient créer une étonnante rupture au sein du film : Christophe Honoré a en effet mis en images un conte traditionnel breton, l'histoire de Katell Gollett. Ce conte est au départ lu par Anton, le fils de l'héroïne. "Au moment où je retournais en Bretagne, m'est revenue cette légende qui me terrorisait lorsque j'étais enfant, et qui me semble au coeur même du sujet du film", justifie le réalisateur, fasciné par "cette femme descendue aux enfers parce qu'elle a refusé d'être mère, parce que pour défier son père elle a fini par se marier avec un homme qui était le Diable."
Le plus souvent, Christophe Honoré écrit ses scénarios seul. Après La belle personne, Non ma fille tu n'iras pas danser est la deuxième exception. Le cinéaste s'est adjoint les services de Geneviève Brisac, connue jusqu'alors comme écrivain et éditrice. Elle connait bien Christophe Honoré pour avoir été son premier éditeur (à l'Ecole Des Loisirs, maison d'édition spécialisée dans les livres pour enfants). Le personnage central de son roman Week-end de chasse à la mère qui a reçu le prix Fémina, pouvait convenir à Chiara. C'est une mère qui a un lien très fort avec son petit garçon. Dans le livre il y a la réalité et aussi la magie, et la Bretagne aussi..."
A l'origine du film, il y a d'abord l'envie de Christophe Honoré de retravailler avec Chiara Mastroianni, qui tenait un second rôle dans Les Chansons d'amour. "J'ai eu dès lors la révélation d'une entente entre nous sur le jeu", explique-t-il. "J'avais déjà éprouvé ce sentiment une fois, lors de ma rencontre avec Louis Garrel, cette impression d'avoir trouvé quelqu'un de l'ordre du double, un porte parole. Tout de suite après Les Chansons d'amour, j'avais dit à Chiara : " Nous ferons un autre film ensemble, je ne sais pas quoi, je ne sais pas quand puisque je dois tourner La belle personne avant." Et il ajoute : "Sa prise de responsabilité d'actrice a été si forte qu'à un moment elle m'intimidait presque. Je sentais que pour elle, c'était important, qu'elle pensait, tiens pour une fois on m'offre un scénario où j'ai tout l'espace pour exister (...) Pour moi Chiara Mastroianni n'a pas été seulement une actrice essentielle, elle a été une partenaire idéale. J'espère que le film lui rendra ce qu'elle lui a donné."
Au moment d'écrire le scénario, Christophe Honoré et Geneviève Brisac venaient chacun de vivre un bouleversement familial. "Mes parents avaient eu un terrible accident de voiture, ma mère venait de mourir", confie la scénariste. "J'étais plus que dans une vacance, c'était une absence. Et quelqu'un, Christophe, m'a tendu la main (...) Et s'il m'était alors difficile, voire impossible d'écrire pour moi, je pouvais tout à fait écrire pour Christophe, pour ce film, transmettre, transformer, transmuter ma peine en énergie." Evénement heureux en revanche pour Christophe Honoré, qui est devenu père : "(...) je me trouvais pour la première fois face à une mère avec laquelle je n'avais pas un rapport d'enfant. J'ai donc beaucoup observé la mère de ma fille, et me suis aperçu que je pouvais avoir moi-même un discours incroyablement machiste, entrer à ma grande surprise dans cette violence faite aux femmes qui consiste à les accuser si facilement d'être de mauvaises mères. Cela m'a semblé être un vrai sujet de film, de film contemporain."
Chiara Mastroianni nous parle du personnage qu'elle interprète : "J'aime beaucoup Léna, elle est victime de la violence faite aux femmes encore aujourd'hui. Mais victime aussi de la violence qu'elle s'inflige à elle-même, désarmée devant la difficulté de mener à la fois une vie de mère et une vie de femme, luttant contre la tentation de redevenir une petite fille. Le film est un plaidoyer pour Léna, même si, c'est vrai, à certains moments, elle est énervante, et n'y peut rien ! Tout le monde dit vouloir son bien, mais sait-on jamais vraiment ce qui est bien pour quelqu'un ? Au début du film, Léna est fatiguée, anxieuse, en rupture avec son mari, son métier, mais joyeuse tout de même. Elle a un rapport très fort avec ses enfants, et déjà, " pour son bien " on lui reproche que ces rapports ne soient pas conventionnels, soient trop fusionnels."
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