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Un coeur simple Critique

"Un coeur simple" Critiques

Film
Un coeur simple
Auteur
anonymous
Date
2008-03-25 01:45:55
Provenant de :
Allociné
Critique

L'éducation flaubertienne

Marion Laine revient sur sa passion ancienne pour l'auteur d'Un coeur simple : "J'ai passé mon enfance dans une maison sans livres et à la bibliothèque communale, il n'y avait que la Collection Rose pour assouvir ma soif de lecture (la section adulte était interdite aux moins de 16 ans !). En classe de 3ème, Madame Bovary était au programme et ce fut mon premier coup de foudre ! Je suis passée sans transition deFantômette à Flaubert. Un Coeur simple faisait écho à mes origines familiales. Ma mère et mes tantes gardaient les vaches, enfants. J'appartiens à une famille de paysans et cette histoire me permettait de parler d'eux, de leur rapport au corps, à la mort, à l'animal, à la nature qui n'a pas vraiment changé depuis. Malgré le côté film d'époque, cette histoire est intemporelle et je pense que chacun de nous peut en partie s'y retrouver."

Madame Bovary, ce n'est pas Félicité

Marion Laine parle de ce qui l'a séduite dans le personnage de Félicité : "(...) je voulais montrer le côté animal d'une femme de peu qui se construit uniquement à travers le dévouement. Félicité irradie la tendresse, la foi inébranlable, l'amour qui manque au monde. Cette soi-disant " idiote " s'avèrera une " voyante " en nous donnant une leçon d'humanité. Félicité est une femme d'instinct. Quand elle aime, elle se donne entièrement. Quand elle souffre, elle crache sa douleur et passe à autre chose. C'est sa façon à elle de survivre, de laisser le chagrin derrière elle, d'aller au devant du bonheur, même si ce dernier est fragile. C'est l'anti Madame Bovary par excellence. Ne jamais s'apitoyer, ne jamais céder à l'esprit de vengeance, au ressentiment, éviter l'aigreur. C'est, au sens fort, une héroïne, mais son héroïsme gît dans sa simplicité."

C'est toi, Loulou ?

Le perroquet, qui joue un rôle non négligeable dans le récit, est crédité au générique : le Loulou de l'histoire est interprété par Scarlet'... "J'avais choisi un Eclectus, car son plumage est magnifique, il varie du rouge au grenat, du violet au bleu marine ; c'était une trahison car celui de Flaubert est jaune et vert", précise Marion Laine, qui ajoute : "Ce que j'ignorais, c'est que c'est un perroquet qui s'apprivoise difficilement et il en existe très peu en France ; mais nous avons eu beaucoup de chance et sur le plateau, les scènes avec Loulou et Sandrine ont été des moments de grâce."

De bon coeur, même si...

Sandrine Bonnaire se souvient de son enthousiasme... et de ses réserves de départ : "Je connaissais Marion, elle m'avait présenté un projet que j'avais refusé. Quelque temps après, elle m'a proposé Un Coeur simple. Je n'avais jamais lu ce conte de Flaubert, et la première version du scénario a retenu mon attention. J'étais touchée par cette histoire, et intéressée par l'évolution de la relation entre ces deux femmes, Félicité et Madame Aubain. Mais cette mouture avait ses petites faiblesses. Je trouvais le traitement de la première partie beaucoup trop long, on prenait Félicité à l'âge de 18 ans, et je me voyais mal incarner une jeune fille de cet âge. Nous avons eu quelques séances de réécriture, puis Marion a peaufiné une version définitive qui m'a beaucoup plu. Pourtant j'avais encore quelques réticences, Félicité me paraissait loin de moi. Je déteste la campagne, je ne me voyais pas tuer le cochon ou plumer une poule, et j'ai peur des vaches ! En même temps, j'étais attirée par la force qui habite cette femme, sa volonté à aimer la vie, malgré tout. Je me reconnaissais dans son optimisme sans failles. Continuer à se battre et à avancer, quoi qu'il arrive, ce pourrait être ma devise."

Félicité, Mona et Sabine

Le tournage d'Un coeur simple a éveillé quelques souvenirs chez Sandrine Bonnaire.... "[J'avais] dit à Marion, ce film me rappelle Sans toit ni loi . Je me suis revue 20 ans en arrière, lancée dans un personnage où il faut totalement faire abstraction de son image, et ne pas hésiter à s'abîmer." Outre Mona (personnage du film d'Agnès Varda), Félicité lui a également rappelé une héroïne de la vraie vie, sa soeur autiste Sabine, à laquelle la comédienne a consacré un documentaire très remarqué : "Je retrouvais chez Félicité des points communs avec Sabine, cette forme d'innocence justement, de vraie naïveté, sa façon de s'exprimer avec son corps parce qu'elle n'a pas les mots. Et ce geste de se mordre la main, sa seule manière de dire sa colère, sa rage de ne pas pouvoir répliquer, de devoir se taire et d'accepter ce que les autres ont décidé pour elle..."

Copyright © Allociné 2008.


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